Aziz Derbal
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Aziz Derbal «Créer une association de commerçants peut être une solution pour mieux affronter les crises»

En cette période où les solutions d’entraide et la recherche de nouvelles opportunités pour la survie des entreprises sont au cœur des débats, je me suis interrogée sur le rôle que pourraient y jouer les associations de commerçants. Notamment sur la manière dont elles agissent ou pourraient agir pour faire face aux crises telles que celle que nous traversons en ce moment. Je suis allée chercher les réponses auprès d’Aziz Derbal, Directeur du Commerce à la CCI Alsace Eurométropole, qui nous présente quelques pistes de réflexion. 

L’Offre Strasbourg : Quelle place occupent les associations de commerçants, quel est leur rôle ? 

Aziz Derbal :
Nous connaissons tous l’adage « l’union fait la force ». C’est l’essence même des associations de commerçants, des groupements ou des unions commerciales : s’unir pour progresser ensemble en mutualisant les ressources et moyens. Leur rôle consiste aussi à défendre les intérêts de leurs adhérents. Pour la CCI, les collectivités et autres acteurs étatiques, ces structures ont un intérêt majeur. Les représentants des associations sont des interlocuteurs importants dans la mesure où ils sont des porte-paroles. Avec eux, nous discutons des projets qui les impliquent, nous les informons des décisions. Ils sont de vrais acteurs du changement. Leurs avis et propositions comptent. 

L’Offre Strasbourg : Que peux-tu dire de la situation actuelle des associations de commerçants à Strasbourg ?

Aziz Derbal : 
Nous avons identifié environs 25 associations de commerçants sur le ban de Strasbourg Ville. Elles n’ont pas les mêmes moyens ni les mêmes ressources et chacune œuvre à différentes échelles soit sur une rue, un quartier, une thématique ou un métier.
La plus importante en nombre d’adhérents et la plus connue, les Vitrines de Strasbourg, porte des actions d’animations d’envergure notamment pendant les fêtes de fin d’année ou pour l’organisation de la Braderie de Strasbourg en été entre autres opérations. Certaines associations de rues en sont également membres et toutes sont attachées à fédérer leurs efforts pour fidéliser leurs clients et leur offrir le meilleur de leurs membres. Avec la crise du COVID, elles sont toutes handicapées par l’impossibilité d’organiser des évènements festifs et elles se contentent pour certaines de garder le contact avec leurs clients via les médias sociaux notamment. On aurait besoin de plusieurs pages pour faire l’inventaire de toutes les initiatives créatives déployées par ces collectifs souvent composés de bénévoles.

L’Offre Strasbourg : Qu’est ce qui expliquerait selon toi l’échec ou l’inaction de certaines associations ? 

Aziz Derbal :
C’est sans aucun doute le manque de vision et de moyens. Il y a certaines associations qui se créent avec pour seul objectif de contrer un projet. Et une fois que l’objectif est atteint ou pas, il n’y a plus d’activités et l’association s’éteint. Elles ne mesurent pas toujours l’importance de travailler en collectif et les opportunités qui peuvent en découler. La culture du développement collectif n’est pas encore intégrée. 
Un autre point à prendre en compte, c’est le fait que la plupart des associations de commerçants sont dirigées par des chefs d’entreprises qui en plus de leur commerce qui leur demande du temps et de l’énergie, doivent en plus gérer un collectif. Ce sont aussi souvent les mêmes membres qui portent les actions et qui, avec l’usure du temps, jettent l’éponge après quelques années d’investissement.

L’Offre Strasbourg : On a le sentiment d’avoir une concentration de l’activité dans le centre-ville de Strasbourg. Qu’en est-il des commerces dans les quartiers ? 

Aziz Derbal : 
Dans les quartiers, on est dans une optique de servir les gens autour de nous, il y a moins de trafic que dans le centre-ville. 
Les associations y ont encore plus d’importance. Elles doivent être prégnantes, ne serait-ce que pour accueillir les nouveaux arrivants commerçants ou habitants, pour leur souhaiter la bienvenue. 
Le collectif peut jouer le rôle de promotion du quartier, rechercher de nouvelles enseignes pour les implémenter dans le quartier et aussi quelquefois participer aux fêtes de quartiers.

L’Offre Strasbourg : Quels seraient les points clés sur lesquels les fondateurs d’une association devraient être attentifs ? 

Aziz Derbal :
Le point principal pour moi c’est la définition d’un réel projet, une cause suffisamment forte qui va motiver l’adhérent, afin qu’il sache que sa cotisation mensuelle va réellement lui apporter quelque chose. Il faut une envie, une motivation. Les adhérents ont besoin d’avoir des perspectives. 
Il est important d’anticiper les projets et s’y inscrire tout en visant un impact positif. Il faut également proposer aux personnes de devenir acteur et propulseur. Enfin, dernier facteur clé : travailler pour construire une dynamique, et définir des plans d’action. 
En tous cas, une association ne peut réussir et perdurer sans la mise en place d’un vrai réseau d’entraide et celles qui marchent le mieux sont celles qui proposent à leurs adhérents un ensemble de prestations de services : fidélisation, plateforme numérique commune, etc. 
L’entraide c’est bien connaître ses homologues, échanger avec eux, être dans une dynamique. Un réseau d’entraide est utile lorsqu’il fonctionne vraiment. C’est un outil de veille qui va par exemple permettre de suivre les tendances en termes de chiffres, de s’évaluer en tant qu’adhérent vis-à-vis de ses confrères, de travailler à la mise en place d’actions qui vont permettre au collectif de gagner en notoriété. C’est ainsi qu’on voit se développer la création de chèque cadeaux, les animations commerciales comme les tombolas qui permettent d’avoir un retour sur investissement. 

L’Offre Strasbourg : Le volet économique et la rentabilité sont souvent mis en avant mais qu’en est-il de l’impact sociétal et environnemental ? 

Aziz Derbal :
L’association, si elle joue bien son rôle doit être à l’écoute de sa clientèle : faire des opérations commerciales qui plaisent à la population (personnes âgées, enfants, adolescents, jeunes, …), identifier si l’offre est compatible avec les attentes. 
Aujourd’hui, les associations travaillent sur la digitalisation, une place de marché numérique pour booster l’usage du digital, améliorer leur communication, la livraison, le click and collect. Ceux qui ont franchi le pas de la digitalisation arrivent à s’en sortir aujourd’hui.
En termes de protection de l’environnement, il est évident que les commerçants doivent s’inscrire dans la diminution de l’impact carbone environnemental de leur quartier. L’association peut les aider à mettre en place une dynamique sociale et environnementale. 
Associer les commerçants aux actions solidaires c’est aussi faire grandir le commerce. 

L’Offre Strasbourg : Comment la CCI aide -t-elle les entrepreneurs qui souhaitent créer ou développer une association de commerçants ? 

Aziz Derbal :
La CCI est bien entendu présente pour eux, en les aidant notamment à construire un plan d’action ou à trouver des aides, des financements.
L’année dernière, nous avons par exemple lancé un appel à projet aux associations de commerçants. Le principe : proposer un projet avec son financement. Si le projet est viable, une aide financière est attribuée. On réfléchit d’ailleurs à pérenniser cette opération cette année.

L’Offre Strasbourg : Quel conseil donnerais-tu aux entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans la création d’une association ?

Aziz Derbal :
Bien mûrir le projet et surtout ne pas abandonner lorsque les autres n’adhèrent pas. Le premier frein à la création d’une association est de se dire qu’on ne va pas réussir à convaincre tout le monde. Ce qui importe c’est justement de travailler avec des personnes réellement motivées qui souhaitent faire prospérer leur commerce. 
Il y a toujours des attentistes qui veulent voir avant de se lancer, des précurseurs qui se lancent et les sceptiques qui ne croient en rien : si je n’y arrive pas, je ne vois pas pourquoi les autres y arriveront. Il faut partir d’un petit noyau avec ceux qui ont envie de construire et comprennent les enjeux du collectif. 

Interview réalisé par Leyla Doup Kaïgama


Pour toutes les personnes qui souhaitent être accompagnées pour la création d’une association de commerçants, une conseillère est à votre disposition à la CCI :
Coryse Lecoq
Conseillère d’entreprises Commerce
Délégation de Strasbourg et du Bas-Rhin
Tél : 03 88 75 24 16
Portable : 06 88 82 08 10

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